L’économie mondiale : Prospective 2007

Le monde arabe sur le fil du rasoir

Quelle perspective pour le cours du baril de pétrole en 2007 ? Quelles seront les fluctuations du dollar ? Quel avenir pour l’économie mondiale ? L’impasse au Proche et Moyen-Orient ne va-t-elle pas dégénérer en conflit armé en 2007 ? Depuis quatre années, le monde entier a bénéficié de taux de croissance absolument honorable, même l’Afrique a enregistré des taux de croissance allant, voire dépassant 5%. Mais le freinage en cours aux Etats-Unis, depuis le début de l’année 2006 et ses répercussions sur le plan mondial, vient dissiper cette confiance en l’avenir, le temps qui vient, comme nous le verrons, nous laisse peu enclins à l’optimisme. En effet, des analyses financières et économiques touchant des aspects particulièrement sensibles, reflétant les graves dysfonctionnements de l’économie mondiale, montrent que, par quelque chemin que nous empruntons, les facteurs qui ont été à l’origine de la forte croissance mondiale sont en train de s’éteindre et que l’issue qui s’annonce ne sera plus ce que l’on croit « un retournement classique en 2007 d’une économie mondiale en surchauffe », mais un retournement bien plus grave, un retournement qui sera marqué d’une « pierre blanche » dans l’histoire politique et économique. Outre la situation exceptionnelle due à ces dysfonctionnements graves de l’économie mondiale, une situation extrême au Proche et Moyen-Orient peut plonger le monde dans une crise et une désorganisation aux conséquences incalculables.

1. Pronostic : Une chute de 70% de l’économie américaine

Dans une interview publiée le 30 août 2006 dans le journal Le Monde et intitulé « La probabilité d’une récession de l’économie américaine en 2007 est désormais de 70% », Nouriel Roubini, économiste de la Maison-Blanche sous BilI Clinton et professeur à l’université de New York, a fait l’avertissement que, bien que la réserve fédérale des Etats-Unis ait pu avoir espéré un « atterrissage en douceur » lorsqu’elle a mis un terme à sa série de hausses de taux d’intérêt, la décision est venue trop tard et la réserve fait maintenant face à une récession. Il argumente sa thèse par les données de l’institut de conjoncture Conference Board qui a annoncé, mardi 29 août, que l’indice de confiance des consommateurs américains avait chuté en août – il est désormais à son plus bas niveau de l’année. Aux Etats-Unis, il argue que les statistiques sont désastreuses sur le marché de l’immobilier, une forte baisse de la confiance des consommateurs et un retournement significatif du marché automobile. Pour ce marché, les ventes de voitures sont un bon indicateur du cycle économique, elles sont en baisse, ce qui n’est pas déconnecté du ralentissement immobilier. Une partie du déclin du marché automobile provient de la baisse des ventes d’utilitaires, utilisés par les entrepreneurs du bâtiment. Tous les indicateurs économiques montrent que la probabilité d’une récession devient de plus en plus forte. Selon M. Roubini, la récession américaine sera déclenchée par trois forces irrésistibles : le ralentissement du marché de l’immobilier ; les prix plus élevés du pétrole et de plus hauts taux d’intérêts. Le consommateur américain, portant déjà le fardeau d’un endettement élevé et de salaires réels à la baisse, sera durement frappé par ces chocs. Il avertit que les effets de la récession dans l’immobilier seront plus graves que ceux qui ont suivi l’éclatement de la bulle technologique en 2000. « La récession américaine, cette fois plus longue et plus profonde qu’en 2001, durera tout au long de 2007 et affectera le reste du monde. » La raison en est que la propriété constitue une part beaucoup plus grande de la richesse d’un ménage que des actions en technologie et qu’environ 30% de l’augmentation des emplois aux Etats-Unis depuis la récession de 2001 est relié à l’immobilier (1). Les risques de récession aux Etats-Unis sont donc réels. Cependant, si les économistes sont partagés sur la croissance américaine, ils sont tous unanimes à dire que l’économie américaine est en perte de vitesse. Dans les prévisions pour le deuxième semestre, le taux de croissance est revu par les institutions internationales à la baisse, autour de 2,5%. Ce qui apparaît donc, selon ces analyses financières, qu’il n’y a pas à proprement parler de retournement brutal de l’économie américaine, il semblerait que l’économie est robuste, capable d’absorber le choc lié au refroidissement de l’immobilier. De plus, la FED a encore des marges de manœuvre en relevant 17 fois son taux directeur depuis juin 2004. Il y a aussi ce nouveau phénomène, l’inversion de la courbe des taux d’intérêt qui a toujours précédé une catastrophe économique. Il vient de se produire aux Etats-Unis : en août dernier, le niveau des taux d’intérêt à trois mois a dépassé en moyenne celui des taux d’intérêt de 10 ans. Normalement, les taux des obligations de 10 ans sont supérieurs à ceux des obligations de deux ans, un an et moins. Cela dit, l’inversion des taux d’intérêt est suffisamment révélatrice de la perte de confiance des investisseurs sur l’économie américaine qui exigent de plus grandes primes de risque. Ces apporteurs de capitaux peuvent craindre que l’inflation est la seule issue pour supprimer le poids de l’endettement public.

2. Mise en garde du FMI et de la Banque mondiale

A Singapour, le 19 septembre dernier, le directeur général du FMI, Rodrigo Rato, a averti qu’« avec un taux de croissance de quelque 5% depuis quatre ans, qui devrait poursuivre sur cette voie en 2007, la planète peut savourer une ère de forte croissance et d’inflation contenue telle qu’on n’en avait pas vue depuis les années 1960. Mais elle ne doit pas s’endormir sur ses lauriers, alors que le cycle de croissance de l’économie mondiale pourrait justement « ‘‘être en train de tourner’’ ». Il a relevé que la dernière réunion de ce type sur le continent asiatique avait eu lieu en 1997, au moment précis où « une crise économique se profilait dans la région », laquelle s’était finalement soldée par « des pertes immenses pour les économies et les populations ». Certes, le continent en est finalement sorti « plus fort », grâce aux réformes qu’il s’est prescrites avec l’aide du Fond et l’Asie s’est aujourd’hui métamorphosée en « région la plus dynamique du monde », a-t-il observé. Mais pour François Bourguignon, chef économiste de la Banque mondiale, « il est sain de se rappeler à quelle vitesse les conditions peuvent changer pour les marchés émergeants ». Toujours selon M. Rato, « la porte vers un nouveau cycle de croissance est ouverte », à condition toutefois que le monde retrouve sa foi envers le multilatéralisme, mis à mal ces derniers temps. Plus concrètement, cela signifie que les gouvernements doivent à tout prix sauver les négociations de Doha à l’Organisation mondiale du commerce (OMC), en panne depuis des mois. « En matière de commerce, le monde va avancer vers plus de croissance et de meilleures opportunités soit aller à reculons vers un nationalisme étroit. Nous ne devons pas nous bercer d’illusions en pensant qu’il existe une zone intermédiaire confortable », a-t-il ajouté. Pire, s’il devait effectivement céder aux sirènes du protectionnisme, le monde se retrouverait encore plus vulnérable aux deux autres principaux risques économiques identifiés par le FMI, c’est-à-dire l’inflation (et son cortège de hausses de taux d’intérêt) et surtout le risque de crise financière en cas de dénouement brutal des gigantesques déséquilibres entre continents. Le président de la Banque mondiale, Paul Wolfowitz, a abondé dans son sens, appelant au « compromis » de la part de chacun, et citant nommément les Américains, les Européens et les pays en développement.

3. L’Accumulation des déficits courants américains depuis 1992

L’ancien ministre des Finances américain, Larry Summers, considère avec circonspection le calme apparent des marchés financiers mondiaux, le comparant à la tranquillité qui précédait les crises des années 1990. Les déséquilibres qui menacent aujourd’hui la stabilité financière mondiale ont leur source dans la dette américaine. Les Etats-Unis sont le pays le plus endetté de la planète. Leur dette extérieure, en termes de bilan des investissements internationaux, s’élève à 3000 milliards de dollars à la fin de 2005, environ un quart du PIB des Etats-Unis, selon la Banque des règlements internationaux (BRI). Si la dette américaine augmente, c’est en raison de ses énormes déficits, courant et budgétaire. En 2005, le déficit courant a atteint plus de 800 milliards de dollars US, soit 6,4% du PIB américain. Cela représente à peu près 1,5% du PIB mondial. Nombreux sont ceux, N. Roubini (2005) en particulier, qui tablent sur un déficit courant américain d’environ 7% du PIB en 2006 et 8% en 2008, sous l’hypothèse d’une corrélation significative entre les importations et la croissance. Pourtant, si on regarde l’historique des déficits courants (2), il n’en a pas toujours été ainsi. En 1971, la balance courante a enregistré un déficit inférieur à 1% du PIB et il fut vite résorbé, la balance courante étant redevenue positive en 1973. Après 1975, un autre déficit courant est apparu, près de 1% du PIB, il fut annulé en 1980. En 1982, de nouveau la balance courante devient négative – récession américaine –, le déficit de nul passe à plus de 300 milliards de dollars en 1987, soit environ 3,4% du PIB. C’était l’ère du reaganisme. Il faut rappeler à cette époque la situation exceptionnelle de l’économie américaine et les caractéristiques économiques qui la dépeignaient sont :

1. Une dépense intérieure américaine qui explosait (se rappeler la guerre des étoiles qui demandait un budget faramineux) ;
2. Des taux d’intérêt qui explosaient. Ils ont pompé toute l’épargne mondiale ;
3. Un dollar qui explosait, une appréciation de 150% par rapport aux monnaies européennes ;

4. un endettement mondial sans précédent pour le tiers monde, le service de la dette, par les seuls faits de la hausse des taux d’intérêt américains et de la parité du dollar, s’est vu multiplier par 4 et cumulés chaque année.

Il faut attendre les accords de Plaza (1985) et les accords du Louvre (1987) pour que la parité du dollar revienne au taux de change de 1980. La baisse du dollar, qui a stimulé les exportations et freiné les importations, conjuguée aux dividendes engrangés lors de la guerre du Golfe en 1991, va permettre de résorber totalement le déficit courant en 1991. Mais dès 1992, de nouveau le déficit courant est en hausse. Entre 1993-1994, il s’élève à 200 milliards de dollars. Son doublement intervient en 2000, près de 400 milliards de dollars. En 2004, il dépasse le triple, 668,1 milliards de dollars. En 2005, le déficit courant américain quadruple, il est à 804,9 milliards de dollars. En 2006, les prévisionnistes l’estiment à 1000 milliards de dollars.

4. L’Iinterdépendance économique entre la Chine et la EtatsUnis

L’interdépendance entre la Chine et les Etats-Unis n’est plus un mystère. L’exportation des produits du premier permet de financer la dette du second. Ce qui veut dire que plus les Etats-Unis importent de biens et services de la Chine, plus ils s’endettent. Plus la Chine exporte et prête des dollars aux Etats-Unis, plus elle s’enrichit.Cependant, ce jeu de miroir entre les Etats-Unis et la Chine n’a pas toujours été ainsi. Il faut rappeler qu’au temps de BilI Clinton, les capitaux qui entraient aux Etats-Unis étaient surtout des flux d’investissements directs étrangers (IDE) et de placements en actions dans un contexte de croissance soutenue. En 2001, après l’éclatement de la bulle Internet, les entrées importantes d’IDE et de placements en actions privées en provenance d’Europe se sont repliées. Ce reflux aurait dû s’accompagner d’une réduction du déficit courant américain, mais l’interdépendance des économies américaine et asiatique a commandé que les pays asiatiques, dépendant du marché américain, continuent de financer les déficits courants des Etats-Unis. Ainsi, en évitant une crise financière aux Etats-Unis, ils s’assuraient du marché américain pour leurs exportations. On comprend alors pourquoi la Chine accepte d’accumuler des actifs en dollars grâce aux excédents commerciaux de sa balance commerciale et leur placement en obligations et bons de Trésor américains, en dehors de toute considération micro-économique de couple risque/rendement. Aujourd’hui, parmi les principaux créanciers des Etats-Unis en Asie, trois pays : le Japon, la Corée et la Chine en tête sont en fait des créanciers nets. Il y a évidemment les pays arabes exportateurs de pétrole dont les excédents considérables en dollars sont aussi investis aux Etats-Unis. Pour les pays asiatiques, surtout pour la Chine et moins pour le Japon dont la monnaie est convertible sur les marchés monétaires, le cumul des montants considérables de réserves en dollars leur permet de conserver le même taux de change entre leur monnaie et le dollar et conserver ainsi intacte leur compétitivité. Pour la monnaie chinoise, le yuan (ou Renmimbi) s’échange depuis 1994 au taux constant de 8,28 yuans pour un dollar. Il faut attendre le 21 juillet 2005, soit onze ans plus tard, pour que, face aux pressions répétées des Etats-Unis et de l’Union européenne de réévaluer sa monnaie et à la crainte que s’érigent des mesures protectionnistes de ces pays à son commerce extérieur, la Chine décide de réévaluer sa monnaie. Une réévaluation de 2,5%, le taux est passé en août 2006 à 7,9772 yuans pour un dollar, avec une fluctuation de 0,3% pour les devises internationales sauf pour la monnaie américaine. Mesure néanmoins jugée insuffisante par ses partenaires.

5. L’équilibre de la terreur financière

Les gouvernements et les banques centrales d’Asie, les investisseurs privés, Washington et Wall Street ont tous intérêt à éviter une crise financière. En effet, le sous-ministre délégué principal Mark Carney du ministère des Finances, dans son discours prononcé devant la Toronto Society of Financial Analysts, le 23 novembre 2004 (revue de la Banque du Canada) écrit à ce propos : « Le recyclage des excédents commerciaux en titres de Trésor américain maintient les rendements à des bas niveaux. A leur tour, les faibles taux d’intérêt soutiennent les prix des actifs à l’aide desquels les ménages financent leur consommation (principalement tournée vers l’acquisition de biens asiatiques bon marché). La fin des achats de dollars par les pays asiatiques freinerait brusquement les investissements aux Etats-Unis et la croissance de l’économie américaine (en raison du relèvement du taux d’intérêt), tandis que l’appréciation du billet vert qui s’ensuivrait porterait un dur coup aux secteurs d’exportation asiatiques. » L’ancien ministre des Finances de BilI Clinton, Larry Summers, décrit cette situation comme étant « l’équilibre de la terreur financière ». Ainsi, en cas de rupture de l’équilibre, tout le monde y perdrait. Une crise financière entre les Etats-Unis et l’Asie entraînerait un krach mondial, autant les pays riches que les pays pauvres souffriraient, elle se soldera par des millions de personnes au chômage et l’anéantissement des milliards de dollars d’actifs financiers. L’équilibre précaire, les pays d’Asie avantagés prennent bien évidemment soin de ne pas précipiter une crise. Quant aux investisseurs privés, qui détiennent une part importante des créances sur les Etats-Unis, ils ne sont pas aussi enclins à subir des pertes pour préserver un équilibre instable de la terreur. Les sociétés de courtage surveillent les signes précurseurs du « point critique » où la baisse progressive de la valeur du billet vert déboucherait sur l’abandon du dollar. Le moindre vent peut déchaîner une panique dans les places financières du monde.

6. La dette extérieure américaine

Le développement des déséquilibres entre l’Asie et les Etats-Unis fait craindre une correction désordonnée et incontrôlée des flux financiers. En effet, si l’offre croissante de titres publics a, jusque-là, été absorbée par des achats massifs des non-résidents, notamment les banques centrales asiatiques, sans que cela ne pèse sur les taux d’intérêt américains et mondiaux, il faut dire que le bas niveau des taux longs apparaît à la fois le vecteur de la croissance mondiale mais également la source de ces déséquilibres. En effet, la question se pose jusqu’à quand ? Le déficit courant américain s’est résorbé une fois en 1980, une seconde fois en 1991, mais depuis, le déficit courant est en chute libre. En termes comptables, l’écart entre l’épargne nette et l’investissement net américain est égal au déficit de la balance courante, principalement le déficit commercial. Mais en sus qu’il y a une désépargne des ménages (le taux d’épargne est aujourd’hui négatif), ce qui rompt l’équilibre et provoque un flux de dollars en direction d’agents étrangers compensé en retour par un afflux de dollars par ces mêmes agents en titres américains, ce processus mis en marche depuis cinq années est en train de générer une nouvelle situation. Il pose le problème de la soutenabilité des déséquilibres américains qui réside dans l’absence de limites claires de l’augmentation de l’endettement par rapport à la croissance. Si jusqu’à présent la position débitrice des Etats-Unis n’a pas posé beaucoup de problèmes contrairement aux autres pays comme le Brésil, la Corée ou l’Algérie, qui eux étaient condamnés à accumuler des devises fortes pour rembourser leurs emprunts, les choses risquent de se retourner et entraîner les Etats-Unis à des choix douloureux. Les Etats-Unis ont toujours reçu plus d’intérêts et de dividendes du monde qu’ils n’en ont payé. La dette extérieure nette américaine est la différence entre tous les avoirs des étrangers aux Etats-Unis (bons du Trésor, actions, dépôts effectués dans le système bancaire, biens immobiliers, IDE étrangers en installations productives créées ou acquises sur le sol national) appelés passifs et des avoirs américains dans le monde ou actifs. Les données de la réserve féderale (3) montrent que les avoirs des Etats-Unis sont montés graduellement de 11% du PIB dans les années 1950 à 41% en 2004-2005. Partant de bien plus bas en début de période, les avoirs du reste du monde rattraperont le niveau des avoirs américains en 1985, à 23%. Mais à partir de cette date, la hausse des avoirs du reste du monde sur les Etats-Unis est plus marquée et en 2005, finira à 82% du PIB américain. L’écart entre les deux avoirs exprime la position financière nette des Etats-Unis vis-à-vis de l’étranger. Jusqu’en 1985, ce pays possédait davantage d’avoirs sur l’étranger que ce dernier sur les Etats-Unis. En 2003, l’excédent des avoirs étrangers atteignit 40% de la production du pays ! Si les Etats-Unis restent bénéficiaires nets de revenus d’investissements du monde (30 milliards de dollars en 2004, après 46 milliards en 2003) en raison du rendement supérieur des actifs américains détenus à l’étranger, une détérioration de leur position est néanmoins attendue à court terme. En effet, l’accentuation de l’écart entre les avoirs américains et leurs engagements bruts tend à faire diminuer cette position créditrice des Etats-Unis. L’OCDE estime que ce solde (4) sera très légèrement déficitaire en 2005, passant à - 0,2 % du PIB en 2006. Les Etats-Unis seraient alors des payeurs nets de revenu de facteurs.

7. L’Accalmie des cours mondiaux des matières premières

La question qu’on a posé sur les déséquilibres de l’économie américaine jusqu’à quand ? Le déficit courant américain s’est résorbé une fois en 1980, une seconde fois en 1991, mais depuis le déficit courant est en chute libre avec en sus une dette extérieure nette négative. Deux explications à l’apparition de ces grands déséquilibres et aux importantes modifications qu’ont connues les mouvements internationaux de capitaux. La première argue de la « flexibilité accrue » des flux de capitaux mondiaux, thèse soutenue par Alan Greenspan, l’ancien président de la Réserve fédérale américaine, Mark Carney et John Helliwell de la Banque du Canada. La seconde, de l’instauration d’un nouvel ordre monétaire international, un « nouveau Bretton Woods » qui s’auto-entretiendrait, dont les défenseurs les plus célèbres de cette thèse sont Mike Dooley, David Folkerts Landau et Peter Garber, de la Deutsche Bank. Les deux interprétations sont séduisantes et toutes deux à vrai dire donnent une vision complémentaire de ce qui passe réellement sur le plan mondial. Une évaluation concrète de la situation mondiale est susceptible de nous éclairer sur ce qui se tend potentiellement dans un très proche avenir, c’est-à-dire en 2007. Pour l’heure, nous pouvons dire sans se tromper qu’il y a une accalmie sur le plan économique mondial tassement du baril de pétrole, faible évolution du dollar, pause du resserrement monétaire par la FED –, la cause est que l’administration américaine est plus concentrée sur la campagne électorale en novembre que sur son économie. Les élections mi-mandat redéfiniront le paysage politique américain le 7 novembre 2006, avec le renouvellement d’un tiers du Sénat et de l’ensemble de la Chambre des représentants. Les enjeux de cette élection sont lourds de conséquences, notamment en ce qui concerne les grands engagements de Washington jusqu’à la fin du second mandat de George W. Bush. Le vrai jeu économique ne commencera qu’en 2007 et les différents acteurs sous la pression de la nouvelle donne économique et des menaces de guerre qui persistent – l’essai nucléaire de la Corée du Nord et surtout la tension entre les Etats-Unis et l’Iran sur son programme complet d’enrichissement de l’uranium –, poursuivront des objectifs et a priori incompatibles.

8. Qu'en est-il de l'économie mondiale en 2007 ?

La question essentielle qu’on doit poser : qu’en est-il de l’économie mondiale en 2007 ? Et corrélativement, comment va évoluer l’économie américaine ? Le monde entier a les yeux tournés sur la première économie du monde. D’elle dépend la stabilité et la croissance économique comme d’elle peuvent venir de grands nuages sur l’économie mondiale. Et ces nuages précurseurs malheureusement existent et sont bien présents. Dans une conjoncture marquée par un fort degré d’incertitude, le meilleur moyen pour tenter de cerner l’évolution économique mondiale est de multiplier les éclairages. En effet, en étudiant plusieurs scénarios et en montrant le scénario tendanciel, on aura déchiffré l’embrouillamini qui entoure les enjeux actuels continentaux et qui plus est, donne des éléments d’appréciation certains sur la donne mondiale. Les enjeux ne sont pas seulement économiques mais ont aussi une grande importance stratégique pour la première puissance mondiale.

Premier scénario

Le premier scénario qui apparaît est ce que nombre d’économistes tablent : la FED (réserve américaine) va baisser le taux d’intérêt court et c’est ce qu’énnonce l’ancien économiste de la Maison-Blanche, Nouriel Roubini, dans son interview : « La Fed a bien fait de cesser dernièrement de relever ses taux d’intérêt. Car elle va devoir les abaisser d’ici à la fin de cette année 2006, lorsqu’elle verra se profiler le spectre de la récession. Même si son action ne sera pas suffisante pour l’éviter. » A une question du journal Le Monde, « Quels sont les signes d’une prochaine récession ? », il répond : « La Fed, elle-même, utilise comme indicateur pour évaluer la probabilité d’une récession la pente de la courbe des taux d’intérêt, c’est-à-dire l’écart entre les taux d’intérêt à long terme et ceux à court terme. » Ce modèle donne une probabilité de 44% « d’avoir une récession aux Etats-Unis. Si la pente de la courbe est inversée, c’est-à-dire que les taux longs sont inférieurs aux courts, c’est que les marchés s’attendent à une baisse des taux à court terme. Et si les taux courts baissent, c’est parce que, lors d’une récession, l’inflation diminue et que la Fed baisse ses taux d’intérêt. Ce signal est un très bon baromètre de la récession. » Evidemment, ce scénario est possible, puisque la Banque centrale américaine a pour mission d’assurer la stabilité des prix et le plein emploi, donc l’obligation de faciliter la croissance économique, contrairement à la Banque centrale européenne qui n’a pour objectif que la « stabilité des prix ». Mais, dans ce cas de figure précis, la situation est complexe, la FED n’a pas que la croissance économique comme objectif, mais à considérer dans sa stratégie qu’une croissance sur un fonds d’endettement prononcé, une dette extérieure qui se développe vite suite à un creusement du déficit courant plus grand en 2007 n’augure rien de bon pour l’avenir des Etats-Unis. En d’autres termes, baisser le taux d’intérêt court comme en janvier 2001 après la bulle des valeurs technologiques en 2000 équivaut à booster la consommation américaine, sans regard sur le moyen terme. Bien évidemment, la croissance économique aux Etats-Unis sera en hausse. En 2008, cette politique peut se poursuivre, mais à terme quel est le risque ? Comme l’a laissé entendre Marc Carney, commentant la thèse du « nouveau système de Bretton Woods », il écrit : « Un jour ou l’autre (à la lin de la présente décennie), le billet vert finira par se déprécier par rapport aux devises asiatiques, ce qui rétablira la viabilité de la position débitrice nette des Etats-Unis. Les pays asiatiques essuieront une perte de capital. Tout compte fait dérisoire par rapport aux avantages que leur aura procurés leur solide croissance économique basés sur leur exportation. Les « pays de la périphérie », dont le Canada, les pays d’Europe et les marchés émergeants d’Amérique latine, ont des changes flottants. Leur rôle se limite à celui d’observateurs intéressés, échappant au cercle vertueux censé exister entre les Etats- Unis. » Incontestablement, si ce scénario est de mise durant trois ou quatre ans aux Etats-Unis, un ajustement considérable à la baisse du dollar ne peut être qu’inéluctable à l’horizon 2009 ou 2010. Déjà, certains économistes européens et américains prévoient qu’à la fin du second mandat de George W. Bush, la dette extérieure nette américaine serait appréciable et pourrait approcher 7000 milliards de dollars. Dans ces conditions, aucun échappatoire possible pour les Etats-Unis. La dette libellée en dollar, dans leur propre monnaie leur donne un avantage contrairement aux autres pays qui eux seraient en cessation de paiement, les Etats-Unis n’auront d’autres alternatives que de monétiser la dette publique. Une baisse de 40% de la valeur du dollar par rapport aux autres devises entraînerait une baisse de 40% des avoirs de change en dollars détenus par les pays asiatiques, dont en tête la Chine et le Japon, à moins qu’entre-temps sentant le vent, ces pays auront tout juste le temps de convertir une fraction de ces réserves en monnaies autres que le dollar. Les pertes seraient considérables pour les investisseurs étrangers, mais c’est à ce prix que le système monétaire américain se viabiliserait, un ajustement massif du dollar dégonflerait les déficits courants et la dette extérieure, en les ramenant à des valeurs gérables. Un peu comme ce fut pour l’Algérie en 1994, lors du stand by et la dévaluation de 40% du dinar qui a vu le PIB perdre un tiers de sa valeur. Sauf que dans son cas, c’est l’Algérie qui a perdu et non les étrangers, sa dette extérieure a au contraire augmenté, de plus la correction s’est effectuée sous l’égide du FMI, alors que les Etats-Unis d’eux-mêmes, de leur propre gré, de l’initiative de leurs propres institutions monétaires. Ce que Marc Carney n’a pas mentionné, c’est que les pays arabes exportateurs de pétrole aussi se trouveront embarqués pratiquement dans le même bateau que les pays asiatiques en cas de crise. Par conséquent, la crise systémique ne manquera pas de les toucher, leurs réserves de change en dollars fondront comme neige d’une bonne partie de leur valeur. En conclusion, ce scénario qui entraînerait un desserrement monétaire et une expansion de l’économie américaine est possible en 2007, mais pas forcément probable car il entraînerait à terme une crise économique et monétaire grave au niveau mondial. Une perte de confiance importante sur la devise américaine en tant que monnaie de réserve et unité de compte internationale pourrait amener les grands acteurs économiques de la planète à lui substituer un autre système monétaire international. La crainte de cette éventualité poussera les Américains à une plus grande prudence en matière de monétisation des déficits et de la dette.
Deuxième scénario

Le deuxième scénario n’a pas la préférence des économistes, il s’agit d’une remontée supplémentaire des taux d’intérêt courts par la FED. Il est certain qu’un resserrement monétaire aurait grandement étouffé la consommation et ainsi participer en principe à une diminution du déficit courant américain. A condition toutefois que le robinet monétaire s’applique aux dépenses budgétaires de l’administration américaine. L’immobilier qui ralentit actuellement connaîtra une purge. Cependant, il n’est pas certain que les dépenses militaires américaines diminueraient. Si cela était, leur baisse aurait concouru à une réduction sensible du déficit américain. Mais eu égard aux 725 bases américaines disséminées à travers le monde et surtout l’occupation de l’Irak – un pays en guerre – par les Etats-Unis, le budget de la défense probablement n’en sera que croissant. Donc une antinomie dans les objectifs fixés par la politique économique américaine. Quant aux matières premières, en 2007, les prix ne s’affaibliront pas, ils seront au contraire soutenus, en particulier le cours du pétrole et de l’or qui lui est valeur refuge pour les investisseurs. En avril 2006, l’once d’or frôlait les 600 dollars. Le dollar s’appréciera sensiblement par rapport aux autres devises internationales. Bien que la hausse des taux courts américains sera lente et mesurée, le ralentissement américain s’étendra inévitablement aux autres économies du monde. Les autres Banques centrales surtout la Banque centrale européenne ne manqueront pas de suivre le mouvement haussier des taux d’intérêt essentiellement pour deux raisons : juguler l’inflation et éviter la fuite des capitaux européens vers les places américaines rendues plus attractives (rendements meilleurs), ce qui entraînerait une dépréciation importante de la monnaie européenne, l’euro. Ce scénario n’a pas la faveur des économistes, cependant, il est possible mais pas forcément probable. D’autant plus qu’il ne donne aucune perspective à long terme, c’est-à-dire quelle austérité, quelles mesure à prendre qui permettent la résorption des déficits jumeaux (courant et budgétaire) et empêcher le gonflement de la dette extérieure nette américaine.

Troisième scénario

Aujourd’hui, le statu quo monétaire aux Etats-Unis permet à la FED d’attendre et de voir l’évolution future des indicateurs de l’économie américaine. La situation aux Etats-Unis est au ralentissement et vient coïncider avec les élections mi-mandat le 7 novembre 2006. Par ailleurs, la situation géopolitique est particulièrement préoccupante et, au premier chef, est concernée la première puissance mondiale. Selon des spécialistes de la géopolitique, le monde est devenu de plus en plus instable. « L’instabilité globale s’est accrue ». « Qu’il y a plus de crises ouvertes » et « de plus en plus des crises violentes comme cet été », le Liban. La résolution 1701 de l’ONU ne permet pas à la Force intérimaire des Nations unies au Liban (FINUL) de « désarmer le Hezbollah », mais « de faire respecter le cessez-le-feu, de soutenir l’armée libanaise dans son effort de prise de contrôle de l’ensemble du Sud du Liban et d’essayer d’empêcher les reprises des hostilités ». En Asie du Nord-Est, l’essai nucléaire annoncé lundi 9 octobre 2006 par Pyongyang fait redouter une course aux armements nucléaires. Cet essai offre un bon prétexte pour la Corée du Sud qui prônait jusqu’alors le dialogue, à revoir sa position dans la recherche d’une solution à la crise nucléaire. De même la droite nationaliste japonaise représentée par le nouveau Premier ministre Shinzo Abe peut amener le Japon à revoir sa stratégie sur les armes nucléaires. Si une course aux armements nucléaires est déclenchée en Asie dans un futur proche, c’en est fini alors du parapluie nucléaire américain sur ces pays en Asie. Il ne restera plus aux Américains qu’à plier bagage et fermer leurs bases en Asie. Tel est l’enjeu que vient de mettre à nu l’essai nucléaire de la Corée du Nord – un deuxième essai nord-coréen n’est pas à exclure. Quant aux sanctions décrétées par le Conseil de sécurité en représailles à l’essai nucléaire nord-coréen, il est douteux que sa mise en œuvre soit suivie d’effets. La tournée de la secrétaire d’Etat Mme Rice en Asie du 17 au 22 octobre 2006 reflète l’inquiétude des Américains, pourtant il est clair que ni Pékin ni Moscou n’en veulent du parapluie nucléaire américain en Asie. L’attitude polie de ces capitales en recevant la Secrétaire d’Etat et l’absence de position claire de ces derniers laissent planer un doute sur ces mesures. Quant à Séoul, soucieuse de préserver sa politique de rapprochement avec sa voisine du Nord suivie depuis 2000, a jusqu’à présent refusé de se joindre à l’« initiative de sécurité en matière de prolifération » lancée par les Etats-Unis en 2003 (regroupant 70 pays). La position de Tokyo ne peut que rejoindre celle de ses voisins. Cela prouve, si besoin est, que la dissuasion offerte par le parapluie nucléaire conformément au Traité de défense mutuelle a fait son temps. Reste le problème nucléaire de l’Iran. Evidemment, l’Iran n’est pas adossé à la Chine. De plus, il est entouré de pays militairement faibles, son voisin l’Irak est occupé par une force américaine de 145 000 hommes, disposant d’un armement lourd appréciable. Des groupes navals composés chacun de porte-avions (plusieurs centaines d’avions de combat) associant des bâtiments de guerre (croiseurs, frégates, etc.) se trouvent dans tous les océans surtout Indien et Pacifique. Sans compter de nombreuses bases américaines au Proche-Orient. L’Afghanistan est occupé par l’OTAN. Quant à la partie syrienne et libanaise (présence d’une forte communauté chute), l’attaque disproportionnée d’Israël contre le Liban vient de montrer un double objectif de la stratégie américaine. 1. Mettre une barrière entre lsraël et le Liban par le truchement d’une force des Nations unies renforcée (10 000 hommes) pour annihiler toutes actions du Hezbollah contre Israël en cas de frappes aériennes américaines sur l’Iran. 2. Dissuader la Syrie d’entrer dans le conflit compte tenu des bombardements israéliens et des destructions massives (tout le système routier, ponts, etc.) au Liban. Selon des données occidentales, Israël a bénéficié d’une aide massive américaine en armements et munitions. Ce qui n’étonne guère, car attesté par toutes les guerres dans le passé, il s’agit en fait d’intérêts américains hautement vitaux sur cette région pour les Etats-Unis. Ce qui veut dire que l’Iran est pratiquement encerclé, la seule fenêtre qui lui reste la mer caspienne, au Nord, qui le relie à la Russie. Dès lors, avec l’essai nucléaire réussi de la Corée du Nord, tous les ingrédients sont là pour donner un bon prétexte aux Etats-Unis, après un battage médiatique comme celui qui a précédé l’invasion de l’Irak en 2003, à lancer en 2007 une série de frappes aériennes contre l’Iran. Sans entrer dans des considérations strictement opérationnelles et militaires, que va-t-il se passer sur le plan économique mondial ? Tout d’abord, dès le début de la guerre, le prix du pétrole va monter. Si le conflit gagne en extension et que le détroit d’Ormuz est bombardé, puis bloqué, les prix vont exploser. Quel prix alors pour le baril de pétrole ? 120 dollars, 150 dollars ? Personne ne sait. Mais comme le pétrole est facturé en dollars, il y aura une mobilisation massive de billets verts pour le dollar. Il est prévisible que le taux d’intérêt court de la FED va monter pour attirer le plus de dollars afin de les recycler, c’est-à-dire de mettre des liquidités suffisantes dans les marchés internationaux pour les transactions commerciales de la donne pétrolière via évidemment le financement du déficit courant américain. Le gap de la monnaie américaine sur les marchés entraînera de facto une hausse du dollar. Il sera bien difficile pour la BCE de suivre le resserrement monétaire américain. Enfin, tout dépendra de la hausse des cours pétroliers, du dollar et du taux d’intérêt directeur de la FED. Pour les autres zones géographiques, la Russie, par exemple, en sa qualité d’un des plus grands pays exportateurs de pétrole et de gaz, aura un taux de croissance appréciable. Ses recettes pétrolières vont exploser. Cet afflux du dollar concerne aussi les pays exportateurs de pétrole arabes. Si le conflit avec l’Iran perdure et la hausse des cours pétroliers maintenus, les Etats-Unis pourront rembourser des emprunts et probablement accorder des prêts aux pays dont la balance des paiements est déficitaire. Ils vont ainsi augmenter leurs avoirs détenus à l’étranger (actifs) sur leurs engagements étrangers, le solde de la dette extérieure va de nouveau être positif. Un remake du début des années 1980, des années Reagan. A cette époque, les Américains luttaient contre la forte inflation qui sévissait sur le plan mondial, suite à une politique monétaire américaine très expansive depuis 1973, qui risquait de mettre à mal le dollar. Aujourd’hui, ce n’est pas l’inflation, mais le déficit courant couplé à la dette extérieure nette américaine qui risque aussi de mener à terme l’économie américaine à la déroute. L’Asie par contre va se trouver sous une double contrainte. Une hausse considérable du pétrole va fortement écorner les excédents commerciaux et entraîner une baisse de croissance. Pour la Chine, le cours du Yuan ancré au dollar va se réapprécier et entraîner une plus faible compétitivité. Celle-ci s’étendra à toute l’Asie par effet domino. Le Japon, bien que le yen va se déprécier face au dollar, sera lui aussi touché. L’économie mondiale sera en berne et là encore, tout dépend de la durée du conflit, la hausse du cours du pétrole, du dollar et des taux d’intérêt mondiaux. Cependant, il y a une donne quasi stratégique qui se pose pour que ce scénario réussisse. Il faut encore que les pays arabes soient d’accord, acceptent que les excédents pétroliers issus du krach pétrolier soient placés aux Etats-Unis ! On ne peut oublier que deux pays musulmans l’Iran et l’Irak sont sous le feu américain, sans compter l’Afghanistan et la Palestine. Sans l’acceptation des pays arabes, ce scénario ne peut réussir pour la bonne raison que si une bonne partie des excédents pétroliers arabes du Maghreb et du Machrek, sont investis en Europe et en Asie, la conversion massive des dollars en d’autres devises internationales entraînera une forte baisse du dollar. En effet, les marchés inondés de dollars, la hausse du cours du baril sera d’elle-même corrigée par la forte baisse du dollar. Au final, le puzzle concocté par les Américains s’effondrerait. La guerre contre l’Iran n’aura été qu’une erreur. Bien entendu, elle sera probablement très courte ou ne sera pas du tout si les Arabes afficheraient leurs réticences au jeu pétrolier américain. Dans un article « Le Congrès entendra George Bush sur les conséquences d’une frappe contre l’Iran » de RIA Novosti, une agence russe, du 3 octobre 2006, il est rapporté : « Le Congrès des Etats-Unis a chargé le président George Bush de présenter un rapport sur les différents scénarios et les conséquences d’une éventuelle frappe militaire contre l’Iran, selon une information recueillie lundi par RIA Novosti auprès du secrétariat du Sénat américain. La clause faisant obligation au président de présenter un rapport est stipulée dans le texte du projet de loi sur le budget de la dépense 2007 approuvé par le Congrès samedi et soumis pour signature à George Bush, selon la même source. Le document établit qu’au plus tard dans les 90 jours suivant l’entrée en vigueur de la loi de finances approuvée par le législateur le Président est tenu de présenter au Congrès un rapport sur les objectifs de la politique et de la stratégie des Etats-Unis envers l’Iran. » Dans ce rapport dont une partie sera publique et l’autre secrète, le président devra exposer ses considérations sur le « rôle de la diplomatie, des stimulants, des sanctions et d’autres mesures coercitives » dans l’application de la politique à l’égard de l’Iran, ainsi que « l’ensemble des plans de réserves des Etats-Unis relatifs à d’éventuelles opérations militaires appelées à appuyer les objectifs de la politique des Etat-Unis envers l’Iran ». Quant au directeur du renseignement national américain, il est écrit : « Le document du Congrès accorde 90 jours également à compter de l’entrée en vigueur de la loi, au directeur du renseignement national, John Negroponte pour présenter au Congrès une évaluation nationale précisée (National Intelligence Estimate,) du potentiel de l’Iran. John Negroponte devra aussi informer le Congrès des conséquences et résultats possibles de toute action militaire contre le programme nucléaire ou les intérêts du régime en Iran. Le directeur du renseignement national américain est également tenu d’informer le Congrès de l’état et de l’avancement du programme iranien de création d’armements nucléaires et de leurs vecteurs, de l’état et du potentiel des forces armées iraniennes, y compris des armes de destructions massives non nucléaires et des vecteurs de ces armes, des relations de l’Iran avec les organisations terroristes internationales et de la solidité politique intérieure de l’actuel régime iranien. » Cela en dit long des intentions américaines sur le programme nucléaire de l’Iran et que ce scénario est potentiel en 2007, contrairement aux scénarios 1 et 2. Surtout que les dissensions entre pays chiites et pays sunnites renforcent le projet d’attaque des Américains. Dès lors que peut-on dire ? Sinon que les pays arabes en 2007 seront dans la ligne de mire. Menacés de GMO (Grand Moyen-Orient) par les Américains, ils vont faire face aux autres pressions, des pays d’Asie, Chine en tête, de l’Iran, de l’Europe qui dans une certaine mesure se désolidarisera des Etats-Unis, ensuite de leurs peuples qui ne comprendront pas. Les tractations vont converger sur eux, et on devine bien la difficile tâche pour les pays arabes de sortir de ce guêpier à la fois diplomatique et stratégique. La question qui se posera : Qui satisfaire ? En fin de compte, les pays arabes comme l’Iran et l’Irak aujourd’hui sont considérés comme des jockeys faisant partie d’une stratégie américaine globale. Pourront-ils être à la hauteur et négocier une position qui leur permettrait de s’en sortir honorablement. Difficile à dire. En influant positivement par la donne monétaire sur la guerre si elle venait à être déclarée entre l’Iran et les Etats-Unis, ils seraient grandis, dans le cas contraire, c’est toute la crédibilité des pays arabes qui en pâtira à l’échelle mondiale. Des conséquences désastreuses, incalculables ou au contraire des suites favorables, malgré la guerre et les destructions, pouvant ouvrir la voie au règlement de la crise en Iran et aux autres conflits pendants (Iraq, Palestine). Voilà ce qui attend les pays arabes en 2007. Au-delà de tout, les Américains ne peuvent tout prévoir, il reste les « impondérables », comme en août 2006 durant la guerre au Liban, la sortie victorieuse du Hezbollah sur Tsahal, une des armées les plus puissantes du monde. En tout état de cause, l’économie mondiale est aujourd’hui... sur le fil du rasoir. Jamais situation n’aura été plus dangereuse que celle d’aujourd’hui pour les Etats-Unis. Elle rappellerait l’URSS dans les années 1980 avant son effondrement en 1990. Certains commentateurs européens font remonter la situation américaine aux années 1940, sauf qu’aujourd’hui, le danger est beaucoup plus grand avec la montée en puissance de l’Asie. Pour conclure, ce qui meut les stratèges américains en ce début de siècle, ce n’est pas tant l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins militaires – la question qui se pose, on n’exporte pas le pétrole pour ensuite importer l’essence, c’est un peu ce qui se joue sur le plan des matériaux nucléaires – mais plutôt le déclin de la puissance américaine via son économie, où à un horizon proche, l’Occident tout entier devra compter avec l’Asie. Où toutes les institutions (FMI, Banque mondiale, Conseil de sécurité, etc.) devront être réformées pour un équilibre plus juste avec l’Asie, monde arabe compris. Une Asie qui représente les deux tiers de l’humanité.

Medjdoub Hamed
Chercheur

Bibliographie :

1) USA : l’ampleur du ralentissement immobilier commence à devenir inquiétante, AFP, 23 août 2006
2)
Source : US Bureau of Economic Analysis
3)
Source : Flow of Funds (Federal Reserve). Où va l’économie étasunienne ? par Gérard Duménil et Dominique Levy.
4) Publication du Crédit agricole. Direction des études économiques. N° 92- Septembre 2005

Liens :

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