PETROLE ET FINANCES

 

Guerre monétaire entre les deux rives de l’Atlantique

 

La gestion de la crise économique mondiale, générée par le krach pétrolier de 1973 par les institutions monétaires internationales, opère dans le cadre d'un système monétaire désormais caduc et multiplie des conflits qu'elle ne peut régler.

Par HAMED MEDJDOUB (*)

La décision américaine en 1971 de suspendre la convertibilité du dollar traduisait déjà un malaise profond dans les relations économiques et monétaires entre les pays situés dans l'espace du FMI. Si les poli­tiques mises en œuvre par les insti­tutions de Bretton Woods, nées en 1944, étaient mises au service de l'essor de l'après-guerre en Europe et au Japon (plan Marshall, construction européenne, etc.), à partir des années 60, ces mêmes politiques avec l'afflux massif des dollars en Europe, allaient contraindre les banques centrales européennes à prendre position sur le problème inflationniste de la monnaie américaine. En effet, l'émission de cette monnaie centra­le, qui a un double statut, monnaie de réserve et monnaie de compte internationale, est déterminée par les Etats-Unis sans limitation ni réglementation aucune, le pouvoir discrétionnaire américain lié à sa politique monétaire sera par consé­quent le seul cadre au fonctionne­ment de la devise américaine. Le montant des balances dollars s'ac­croissant, leurs effets déstabilisa­teurs sur les économies nationales s'aggravaient, posant ainsi un pro­blème d'emploi de ces dollars par les Banques centrales. Différents mécanismes ont été mis en place, d'abord le dollar standard mis  en place progressivement à partir de 1961, et de fait à partir de 1971, puis le DTS standard qui sera sub­stitué, et enfin l'écu créé au plan régional, dans le cadre du SME (Système monétaire européen). Pour tenter de contrecarrer l'invasion du dollar, celui-ci étant surévalué, le taux de change fixe va faire place au taux de change flottant. Toutefois, si ingé­nieuses soient-elles ces tentatives, elles ne sont pas par­venues à remettre en cause le systè­me monétaire dominé par les Etats­-Unis.

1. L'AUBE HISTORIQUE D'UNE NOUVELLE ZONE MONETAIRE, L’UNION EUROPEENNE ET MONETAIRE

Il faut attendre la fin du deuxiè­me millénaire pour assister à la mise en place d'une véritable zone monétaire en Europe, une prémisse à l’instauration d’un nouvel ordre monétaire international. Ce nouvel ordre, en bal­butiements il est vrai, mais opérant non moins vrai, puisqu'un formi­dable bouleversement est en train d'agiter les grandes places financières du monde.
  Lancé le 4 janvier 1999, il va voir tous les marchés financiers des onze pays de l’Union économique et monétaire (marchés de change, marchés boursiers et marchés dérivés) basculés irrévocablement en euros. Trois jours après, le 7 janvier 1999, Keizo Obuchi, le Premier ministre japonais, viendra lui-même en Europe saluer l'heureux événe­ment, « l'entrée de l'euro dans l'éco­nomie mondiale », laquelle va ouvrir de nouvelles perspectives et de nou­veaux horizons à l’ensemble de l'hu­manité. A Paris comme à Rome et à Francfort, le Premier ministre pro­pose déjà que le yen devienne, avec le dollar et l’euro, le troisième pilier d'un nouveau système monétaire international. Dès son entrée en lice sur le marché monétaire, l’euro en haussé reflétait la bonne santé de l'économie européenne, la baisse du prix du baril de pétrole compris en moyenne dans une fourchette de 10 dollars en février 1999 à 14,5 dollars en avril 1999 sera conjugué à ce suc­cès. Mais, dès avril 1999, l'envolée du cours du prix du baril de pétrole comme le glissement continu à la baisse de la nouvelle monnaie européenne, l' « euro » par rapport au dollar, vien­dra déchanter les Européens, et l'euphorie qui a prévalu au tout début de l'avènement de l’euro, fera place à la morosité.
Ce retournement de situation avec ces deux contraintes majeures sera un indice suffisant pour montrer l'âpreté de l'opposition que mènent les tenants de l’ordre moné­taire actuel. D'où une guerre sourde et sournoise qui opposera les deux grands pôles de l’Occident.

2. L'EFFORT DEMANDE AUX ETATS-UNIS, AU JAPON ET A   L'EUROPE PAR L’OPEP

Il est évident qu'aujourd'hui, le nouvel ordre monétaire internatio­nal (NOMI) n'est plus en gestation, mais existe de fait, depuis l'avène­ment de l’euro, celui-ci va ouvrir la voie à d'autres prétendants au nou­vel ordre mondial, probablement avec l’ Asie Pacifique dans une nou­velle mouture que suivra, dans une autre mesure, l'Union andi­ne.
Si l'on s'en tient aux lectures des observateurs étrangers reprises par les médias, les cours des prix du baril de pétrole sont en hausse par le fait qu'ils sont provoqués plus par les spéculations de certains centres financiers américains que par le car­tel pétrolier –  l'OPEP –, qui, lui, est disposé à augmenter sa production pour peu que les puissances fassent un « effort ». En fait, personne n'est dupe, ni l'OPEP ni les Puissances sur cette donne.
Les pays de l'OPEP craignent qu'une tension exagérée sur les prix puisse déboucher sur une surpro­duction et engendrer un effondre­ment du marché pétrolier à terme et l’« effort » demandé est précisément celui-ci : que les Puissances accor­dent leurs politiques monétaires et par là atténuent le litige financier qui les divise, en perspective d'un prix stable et avantageux aussi bien pour les pays consommateurs que pour les pays producteurs. Tel est le mes­sage du cartel pétrolier et tel sera encore le message en septembre 2000 à Vienne ou à Caracas au som­met des chefs d'Etat de l'OPEP.
 Le litige, il est évident, est d'ordre stra­tégique. Economique et monétaire, et appa­remment, pour la première fois de l'histoire, l’Occident se confronte à son « problème », problème qui a fait, depuis, sa puissance : « money is ­power». Les conséquences de son « problème » à double tranchant, nous le savons, a été la mise au pas des pays du Sud par un endettement généralisé. Le mécanisme est connu : pour lutter contre l’inflation, l'Occident a usé d’une hausse considérable des taux d'intérêt directeur. Des conséquences graves ont découlées :
1. Endettement généralisé, débâcle économique et paupérisation des pays du tiers monde   
2. Eclatement du bloc socialiste à la fin des années 80, fin de l’URSS en 1990
3. Et conversion   de la Chine à l'éco­nomie de marché.

3.  NOUVEAU TOURNANT DE L'ECONOMIE MONDIALE.

  La concertation des deux côtés de l’Atlantique va s'annoncer rude et ardue dans les mois et les années à venir. Les stratégies des puissances encore diffuses, les enjeux non cernés pour l'unique et bonne raison que les Américains ne sont pas encore prêts à consentir à la perte qui a fait et qui fait encore aujourd'hui leur suprématie, leur lea­dership dans le monde.
D'autres prétendants au nouvel ordre monétaire international vont faire leur apparition sur la scène économique et monétaire mondiale. Les stratégies n’étant l'apanage d'au­cune puissance surtout en ce qui concerne la monnaie, le nerf de l'économie, a fortiori quand celle-ci s'installe en monnaie de réserve dans les Banques centrales du monde, et surtout en unité de compte internationale. Aujourd’hui, nous avons deux monnaies, l’« euro » et le « dollar », et tous deux condition­nent l'évolution économique mon­diale par les phéno­mènes monétaires qu'elles ne man­quent pas d'induire à moyen terme. Elles entraîneront inéluctablement des fluctuations des prix des matières premières, des biens industriels, des valeurs boursières, elles agi­ront sur le solde des balances de paiements des nations, et donc sur la croissance.
  Pour ne citer qu'un exemple sur ces fluctuations, l'article du journal Liberté du 17 novembre 1999 qui a couvert l'exposé de l’ex-ministre des Finances pour défendre le projet de loi de finances 2000 devant le Parlement, et qui a pour titre « Les chiffres effrayants et le cauchemar de Harchaoui », on y lit que si l'Algérie rééchelonne une troisième fois sa dette, les conditionnalités que lui imposeront les institutions internationales seront alors plus dures : l'Algérie serait obligée d’offrir en gage 50% de Hassi Mes­saoud, 50% de Hassi R'mel, de recourir à la compression des effec­tifs dans la Fonction publique, la privatisation des hôpitaux, de l'université, etc. Donc, sans cette bouffée d'oxygène issue du relèvement inattendu des prix du pétrole et confortée par l'OPEP, on peut s'imaginer quelles consé­quences l'Algérie aurait à faire face quand elle serait confrontée à cou­vrir sa dépense nationale. Son déficit budgétaire 2000, à cette période, était de l'ordre de 220 :milliards de dinars. Alarmiste, le ministre des Finances ne saurait l’être compte tenu de la lourde responsabilité qui pesait sur lui, et qui a trait directement au devenir de l’économie nationale.
   Les faits sont là et, ne peuvent gonflés pour la bonne raison qu’un responsable de ce rang ne peut suggérer à une institu­tion internationale comme le FMI, qui a la haute main sur les finances mondiales, l'insuggérable, c'est-à­-dire des gages de 50 % sur Hassi Messaoud et 50 % sur Hassi R'mel. En fait, il n'a fait que rapporter les dangers économiques qu'encourait l’économie algérienne.

4.  L'EURO PLONGE, LES CAPITAUX FUIENT

Ce titre tiré d'un article de la revue française Le Nouvel écono­miste, du 10 mars 2000, page 36, ne montre pas les vrais tenants et aboutissants de la stratégie des puissances. Elle ne fait pas apparaître que la « donne pétrolière » entre aussi comme paramètre perturbateur et déstabilisateur dans les rela­tions économiques et monétaires internationales, ni pourquoi « l’euro plonge et les capitaux fuient ».
  Pour ce qui va suivre donc, il est conseillé de se rapporter à l'article publié par le journal « Le Jeune indépendant » entre le 12 et le 17 août 2000 et qui a pour titre «Le dérèglement de la machine financière mondiale ».
  Dans ce même article du Nouvel économiste, on lit : « La monnaie a perdu en un an plus de 15 % de sa valeur. Sa chute booste les exportations, mais elle fait peur aux investisseurs.
  En créant l'euro, les onze pays membres de l'Union économique et monétaire ont-ils gagné au change ? Telle est la question posée par Le Nouvel économiste. Ce 28 février 2000, à Tokyo, la monnaie unique a plongé d'un coup de près de 4 % - sa plus forte baisse depuis sa naissance - dans une indifférence quasi générale. Il est vrai que, depuis deux mois, l'euro, d'une fragilité chronique, évolue sous la parité avec le billet vert. Et que la Banque centrale européenne se montre impuissante à le revigorer. Le 2 mars, les grands argentiers de Francfort auraient pu relever les taux d'intérêt pour rendre l'euro plus attractif. » Plus loin, dans la même revue, on lit : « Mais ils n'ont rien fait. Les Allemands, chantres de la monnaie forte depuis les années 70, se sont convertis aux mérites de la dévaluation rampante », analyse un expert... Le prix Nobel Robert Mundella du reste soulignait que la faiblesse de la monnaie unique avait été une «bénédiction » pour l'Union car elle avait amélioré la compétitivi­té du « made in Europe». Mais, pourquoi, malgré tous ces exemples corroborant que les instruments existent en cas d'at­taque d'une monnaie, la Banque centrale européenne ne fait-elle rien pour revigorer l'euro et le rendre plus attractif ? Est-elle réellement impuissante ?
  Rappelons-nous le krach éco­nomique de 1987 : pour arrêter la dépréciation de sa monnaie face à la menace de relèvement des taux d'intérêts américains, la RFA a anticipé en relevant son taux d'inté­rêt directeur. II faut comprendre qu'une dépréciation d'une monnaie entraîne une fuite de capitaux, et inversement, une fuite de capitaux entraîne une dépréciation de la monnaie. Les Etats-Unis financent géné­ralement les déficits courants précisément par cette méthode, en procédant au relèvement des taux d'intérêts pour attirer l’épargne mondiale.
  Rappelons encore qu’en octobre 1987, après le relèvement anticipé du taux d’intérêt de la RFA, les Américains, en représailles, avaient menacé par la voix du secré­taire d’Etat au Trésor, James Baker, d’une nouvelle baisse du dollar. Il s’ensuivit une panique générale sur les marchés boursiers, et un krach d’une grande ampleur dans pratiquement toutes les places financières mondiales.
Pourquoi ? Par l’augmentation de la masse monétaire en dollars dans le monde et la vente massive des titres en dollars. Le revirement des autorités monétaires qui a suivi dans ce bras de fer matérialisé par un accord du secrétaire d'Etat au Trésor et du ministre des Finance allemand pour enrayer la baisse du dollar n’a pas empêché des pertes considérables pour les investisseurs. Le 21 octobre 1987, reprise des Bourses du monde, stimulée par une baisse des taux d'intérêts aux USA, et par l'intention déclarée du prési­dent Reagan de rechercher avec le Congrès le moyen de réduire le déficit budgétaire. Cet épisode montre que des instruments financiers et monétaires existent pour pallier aux carences du système monétaire américain. Qant à M. Greenspan fait savoir que « la Réserve fédérale est prête à servir de source de liquidités pour soutenir l'écono­mie américaine » n’était qu’une mesure ramener la confiance sur les marchés et ainsi éviter un fort ralentissement de l’économie américaine.
  Ce qu’on doit souligner, c’est que depuis la création d'une zone monétaire en Europe, le contexte a changé : l'euro n'est plus une monnaie nationale mais une monnaie d'un grand espace éco­nomique, appelée à avoir les mêmes prérogatives que la monnaie américaine. Donc à être à moyen terme une monnaie de réserve dans les banques cen­trales et probablement une monnaie de compte internationale dans les transactions commerciales internationales. La situation bien entendu est complètement différente aujour­d'hui, les enjeux étant différents.
  En 1987, le deutsche mark n'a pas cherché à supplanter ou à concurrencer le dollar, la straté­gie allemande était plus défensive qu’offensive. L’anticipation du relèvement du taux d’intérêt était étayée par la menace américaine. Redoutant qu’un relèvement du taux américain allait se traduire par une fuite de capitaux hors RFA, et donc une dépréciation du deutsche mark, la Banque centrale allemande a pris les devants. De plus l'Allemagne n'a pu s'opposer que par sa puissance économique et financière, par le rang qu’elle tient dans l’économie mondiale, elle est troi­sième puissance économique après le Japon et les Etats-­Unis.
  Alors qu’avec l’euro, il en va tout autrement, l'Union monétaire est une puissan­ce européenne multipliée sur le plan économique et monétaire... D’autre part la monnaie commune de onze pays est ouverte, donc en attente que d’autres pays de l'Union européenne rejoignent cette puissance monétaire. Le conflit aujour­d'hui avec les Etats-Unis est bien plus une remise en cause du statut de la monnaie américaine, et à moyen terme, le par­tage des privilèges de cette monnaie centre.
 
5. EVOLUTION DE L’EURO SUR LES MARCHES FINANCIERS

  Dès son entrée sur le marché monétaire international, les investisseurs internationaux ont semblé décidés à acquérir des actifs libellés dans la nouvelle monnaie qui offrait une alternati­ve aux placements en dollar, à tel point que cela n'a pas cessé d'in­quiéter les autorités monétaires soucieuses de prévenir une trop rapide appréciation de la devise européenne qui pénaliserait la zone en rendant plus chers les produits d'exportations. Mais cette euphorie sera de courte durée, après avoir atteint des niveaux élevés, à sa naissan­ce, la monnaie européenne n'aura de cesse depuis de se déprécier.
  Dès avril 1999, la dépréciation de l'euro suscite la crainte des argentiers européens. A l'issue de leur réunion à Washington, les ministres des Finances et gou­verneurs de banques centrales du G7 ont mis en garde les mar­chés « qui ne devaient pas pous­ser l'euro trop bas ». Le président de la Bundesbank a averti « contre l'érosion de la confiance dans l'euro ». Lors d'une conféren­ce de presse, le gouverneur de la Banque de France s'est voulu toutefois confiant : « Nous pour­suivons une stratégie de monnaie solide, stable et inspirant confiance de manière très ferme. » Tout aussi confiant, le ministre français des Finances pense « qu'on est au plus bas de la four­chette ». Pour sa part, le président de la Bundesbank a invité les marchés à ne pas « sous-estime » le  potentiel de l’euro. Selon lui, « il n'y a pas de raison particulière de s'inquiéter de la situation de l'eu­ro sur le marché des changes ». Tout en se disant satisfait du niveau actuel de l'euro, le gouverneur de la Banque centrale d’Italie a déclaré que ses collègues et lui ne sont pas pour autant « à la recherche d’un nouvel affaiblissement de l’euro ». D’ailleurs, on impute le l'euro au ralentissement de la croissance européenne ainsi qu’à l'euphorie qui avait poussé l’euro à des niveaux élevés. Toutefois un euro faible par rapport au dol­lar présente des avantages pour les exportateurs européens, dont les produits deviennent automa­tiquement plus compétitifs parce que moins chers. Telle fut l'ana­lyse économique de la situation de la monnaie unique à la fin du mois d'avril 1999.
En juillet 1999, l'euro va encore osciller autour de ses taux les plus bas face au dollar, de 1,182 à sa naissance à 1,0161 dollar le 10 juillet 1999. Tant que les tensions inflationnistes restent faibles, la Banque centrale européenne (BCE) n'avait pas de raison de relever le taux directeur dans la zone euro, fixé à 2,5%. Cette situation contraste avec celle des Etats-­Unis où la Réserve monétaire (FED) a relevé d'un quart de point, à 5%, le niveau du loyer de l'argent en juin 1999, afin de contenir une trop forte hausse des prix à la consommation.
  Selon les analyses économiques, si les investisseurs restent pessimistes vis-à-vis de l'économie de la zone euro, ils affichent en revanche un net regain d'optimis­me en ce qui concerne le Japon. La Banque du Japon est intervenue à plusieurs reprises ces dernières semaines pour contrer une trop forte appréciation du yen mais les cambistes continuent de le pousser à la hausse.
  Le 24 mars 2000, dans la revue Le Nouvel économiste, page 28, un autre discours, mais cette fois-ci contradictoire, est tenu. On y lit : « La BCE relève ses taux. C'est la troisième hausse en quatre mois. Depuis octobre, les taux sont passés de 2,5 % à 3,5 %. Si la Banque cen­trale européenne veut à tout prix faire remonter l'euro en resserrant sa politique monétaire, elle cassera sa croissance et fera éclater la bulle boursière.
Espérons que ses dirigeants usent de façon raisonnable de leur pouvoir illimité. Que resterait-il des espoirs de la nouvelle économie si la déflation revenait ?  » De même dans le quotidien Le Figaro économie du 16 juin 2000, page 42 B, on y lit dans l'ar­ticle « Wall street, Marchés parta­gés » : « La hausse des taux pèsent sur les financières... L'euro cédait du terrain face à l'ensemble des devises jeudi sur le marché des changes, mais restait fermement ancré au-dessus de 0,95 dollar, résistant bien à de bons chiffres sur la production industrielle aux Etats-Unis... »
  Toutes ces sorties médiatiques alarmistes n'ont pas empêché le ministre français des Finances, Laurent Fabius, comme son homologue allemand, Hans Eichel, de rassurer sur la bonne santé de l'économie européenne. Ces soutiens verbaux n'ont pas empêché ces ministres d'affirmer que la France et l'Allemagne, les deux moteurs de la zone euro, souhai­tent un euro fort et que leurs straté­gies économiques doivent l'assurer en soutenant la croissance. Hans Eichel a de son côté déclaré que la France et l'Allemagne avaient inté­rêt à ce que l’euro soit fort sur le marché des changes.
  Mais, comment allier le verbe à l’action ? Le problème est éminem­ment complexe, la donne pétroliè­re avait aussi fait irruption sur la scène économique mondiale. On lit dans le quotidien français Le Figaro économie du 22 août 2000 : « Au moins 20% ! C'est l'aug­mentation des prix à l'importation dans la zone euro en avril, puis en mai 2000. En annonçant cette hausse impressionnante, la Bun­desbank l'a attribuée à la flambée des prix du pétrole, mais aussi à l'érosion continue de la valeur de l'euro. La monnaie unique a perdu face au dollar 23% de sa valeur du 1er janvier 1999.
  Le 11 août 2000, l'euro est descen­du jusqu'à 0,9022 dollar, se rappro­chant de son plancher historique 0,8907 dollar. »
  Dans cet embrouillamini économique et monétaire de la scène internationale, comment comprendre les stratégies des uns et des autres ? Il est évident que les principaux acteurs sont les grands pôles financiers du globe, qu'il concerne les Etats-Unis en premier chef, actuellement plus ou moins maître du jeu économique mondial, ou l'Union euro­péenne, en tant que concurrent potentiel puisqu'elle est à l'avène­ment du nouvel ordre monétaire international ou enfin la zone Asie-Pacifique, essentiellement, le Japon et la Chine. Dans le développement des stra­tégies des puissances, rien n'est fortuit ni laissé au hasard. Tout obéit à une logique économique où tous les coups sont permis pour peu qu'ils répondent aux objectifs assignés.
Avant de tenter une esquisse des lignes de forces des stratégies des puissances, il est intéressant de revenir encore sur la revue Le Nouvel économiste du 10 mars 2000, celle-ci nous donne déjà un aperçu sur un premier aspect du conflit économique qui oppose les Puissances : Occidentales, d’abord des deux côtés des rives atlantiques et bien moins, le Japon.

6. UN DOSSIER « SECRET DEFENSE »

  On y lit : « Plus inquiétant encore : les liquidités investies par les étrangers dans la zone euro reculent de 15 milliards d'euros par rapport à 1998. A qui la faute ? Francfort a classé le dossier « secret défense ». Cependant, début février, lors de L'assemblée générale de la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), chargée de collecter des données sur les mouvements des capitaux, le cache-sexe est tombé. En 1999, les investisseurs internationaux se sont en fait précipités sur les Etats-Unis et - surprise - sur la Suède. Cet Etat figure en effet au deuxième rang des bénéficiaires d'investissements étrarngers, avec près de 80 milliards de dollars. A mieux y regarder, ce hit-parade n'est pas si étonnant : les Etats--Unis sont le siège de la nouvelle économie et les pays scandinaves sont le royaume du high-tech... Pour l'heure, les seuls à se féliciter des déboires de l'euro sont les inves­tisseurs en mal de capitaux, puis­qu ils peuvent, compte tenu de la faiblesse des taux, emprunter à des conditions plus intéressantes qu'à Washington. Quitte à placer à nou­veau, mais en bons gros dollars son­nants et trébuchants, ces euros levés à viles conditions. »
  Cet article, en vérité, résume à lui seul l'aspect fondamental du litige monétaire qui oppose l’Europe aux États-Unis depuis la fin de Bretton Woods. Les crises monétaires qui suivirent apparaissent les vrais leviers à la constitution d’une zone monétaire en Europe. Dès lors on peut comprendre que les Américains, face à cette zone monétaire ne vont pas lésiner sur les moyens à mettre en œuvre pour affaiblir voire éclater cette monnaie concurrente.
  Dès son l'avènement, et la petite euphorie qui a suivi son instauration dans le système international, le faible taux d'intérêt dans la zone euro (2,5%) par rapport au taux américain, qui, lui, a été relevé à 5% en juin 1999, sera relevé en 2000 à 3,5% et le taux aux Etats-Unis à plus de 6%. Par le seul fait du différentiel des taux en faveur des Etats-Unis, 170 milliards d'euros ­seront exportés de la zone euro vers la Norvège, l'Argentine et surtout les Etats-Unis (tableau de la page 36 de la revue) contre 65 milliards d'euros investissements étrangers pour le Vieux Continent. Soit environ trois fois moins.
  Quoi de plus normal que les capitaux fuient la zone euro vers d’autres places financières si leurs taux d’intérêt sont plus attrayants ! En créant l’euro, les Européens avaient prévu cette situation, qui ne date pas d'aujourd'hui. Les Américains, depuis longtemps, financent leurs déficits courants en empruntant des dollars à l'étranger, ces mêmes dollars qu'ils émet­taient. De plus l’augmentation ou la restriction du volume de la masse monétaire ne dépend que de la décision américaine. L’impact, on s’en doute bien, c’est l’action indirecte sur les fluctuations des cours de change monétaires internationaux, et par ricochet sur les cours boursiers ainsi que des biens immobiliers et des matières premières, et donc sur toute l'économie mondiale.

7. LES STRATEGIES DES PUISSANCES FINANCIERES DU GLOBE

  L'aspect vu précédemment de la guerre économique n'étant que partiel, le problème essentiel, voire capital pour l'Union européenne, est avant tout la diffusion de la monnaie unique, l'euro, dans les différentes Banques centrales. Ce processus est évidemment long et justement les stratèges européens visent le facteur temps pour asseoir la monnaie unique en monnaie de réserve voire en une unité de compte internationale. Et c'est précisément là où entre la vraie stratégie des autres pôles financiers du monde. La stratégie aux Etats-Unis comme au Japon et sa périphérie est de faire barrage à la monnaie unique. Il est donc hors de question qu'elle s'implante dans les Banques centrales en quantité importante. Pour le Japon, ce problème est pratiquement résolu depuis plusieurs années. Pénalisé par la déflation, poursuivant sa politique de taux zéro, le Japon offre au carry trader d’emprunter des yens pour, aussitôt convertis en dollars, en euros ou en livre sterling, être investis sur les marchés occidentaux. Conséquence : la chute du yen par rapport aux autres devises permet aux entreprises japonaises exportatrices de rester très compétitives. De plus la Bank Of Japon (BOJ) intervient sur le marché des changes en vendant d'importants montants de yen contre des dollars pour maintenir un yen dévalué.
    Pour les Etats-Unis, et à plus forte raison les tenants de l'ordre monétaire international, une mon­naie rivale est un danger potentiel à l'hégémonie du dollar, son implan­tation dans les banques améri­caines sera sa validation à moyen terme en monnaie de réserve et donc en monnaie de compte inter­nationale.
  En sus du relèvement des taux d'intérêt américains et leurs conséquences, les fuites de capi­taux, ont des limites, deux pro­cédés seront utilisés :
-  le premier, toute la masse monétaire libellée en euro et issue des transactions commerciales avec l'Union euro­péenne sera massivement revendue sur les marchés monétaires, ce qui implique que l’euro pris en tenaille par l’Asie et l’Amérique ne peut que plon­ger sinon à rester bien en deçà du dollar.
C'est bien la loi de l'offre et de la demande des mon­naies sur les marchés internationaux qui régit la parité monétaire. Donc, un déversement de la monnaie européenne en grande quantité sur les marchés entraînera iné­luctablement sa baisse. Ce qui explique le glissement continu de l'euro pratiquement depuis l’été 1999. Néanmoins, les Européens ont prévu ce cas de figure, c'est-à-­dire la riposte des autres pôles financiers. Le glissement de l’euro à la baisse, suivi de près par la Banque centra­le européenne (BCE), sera atténué par un relèvement du taux d'intérêt de la BCE. L'essentiel pour les autorités monétaires euro­péennes est de maintenir l'euro dans une fourchette tolérable, c’est le prix à payer pour la libérer l'Europe monétaire de la tutelle américaine.
On peut comprendre alors pourquoi les ministres des Finances français et allemand paraissent confiants et exhor­tent au calme. Le temps tra­vaillait pour l'euro et pour l'Union monétaire européenne. La diffusion de l'euro sur les places financières ne pouvait que se poursuivre, peu importe la dépréciation et le recul de la croissance européenne, pour peu que les paramètres monétaires soient dans des fourchettes tolé­rables. De plus, un euro faible booste les exportations européennes, donc rend les capacités d’exportations compétitives par rapport aux autres régions du monde.

8. ENJEU DU PETROLE DANS LA GUERRE DES MONNAIES. NOUVELLES PERSPECTIVES POUR LES PAYS DU SUD

  Il va apparaître pour les Américains que même ce barra­ge aux Banques centrales va s'avérer insuffisant. En vérité, cela était prévisible compte tenu de la puissance économique et financière de l'Union européenne. Indéniablement, les stra­tèges américains ne pouvaient ne pas tenir compte du facteur temps, favorable à la monnaie européenne.
  On peut penser qu'un autre moyen a été concocté, qu'une autre riposte – celle-ci plus virulente pour l'économie européenne – et qui consistait à utiliser l'arme du pétrole. Par ailleurs, un autre point qui conforte cette riposte stratégique, c'est que faire barrage à une monnaie adverse n'est pas l'apanage d'une seule Puissance, les mesures de rétorsion par l'Union monétaire ont probablement suivi et n'ont laissé l'accès aux banques euro­péennes, et d'une manière restrictive, que les liquidités en dollars nécessaires aux transactions sur des biens ou matières premières comme le pétrole, libellées en dollars. Les Américains ont depuis longtemps une emprise sur le pétrole, la guerre du Golfe a montré que les Américains ne lésinent sur aucun moyen pour pérenniser la mainmise sur cette donne stratégique. Et on peut pen­ser que cette stratégie de ripos­te a été préparée de longue date, sachant qu'elle aurait des répercussions considérables sur l'économie de l'Union euro­péenne. Les transactions pétrolières facturées en dollars, quoi de plus facile que de relever les prix du baril de pétrole par une spéculation habilement menée !
  Les pays producteurs du Sud, endettés, n'aspiraient précisé­ment qu'à cette équité, peu leur importaient les défis qui pointent entre les deux rives de l’Atlantique à l'aube de ce troisième millénaire. Pour eux, les échéances de rembour­sement auprès du FMI ou des clubs de Londres et de Paris, la crainte des plans d'ajustement structurel (PAS) auxquels ne sont pas confrontés les pays du Nord, avec leur cohorte de drames sociaux, sont le spectre perma­nent de leurs tourments. L'urgent est de parer au plus pressé, ce qui explique la compréhension et le ton conci­liant des différents représen­tants du cartel pétrolier : tout l'OPEP ne jure que par l'aug­mentation de la production, on  parle même d'augmentation de 2,5 millions de barils/jour, mais rien n'y fait, les prix du baril de pétrole montent toujours. Aujourd'hui, le baril est à 32 dollars.
  Une question pertinen­te néanmoins. Quelles furent initialement les causes de cette envolée des cours du pétrole ? Entrait-elle dans la stratégie américaine ou simplement a-t-elle été saisie au vol, compte tenu de la résistance de l'euro ?

9. EVOLUTION DES COURS DU PETROLE DE 1998 À 2000

  Rappelons-nous, à la fin 1998, on parlait déjà d'accord entre pays de l'OPEP pour réduire la production. Des derniers mois de l'année 1998 à février 1999, le prix du pétrole avait atteint son cours le plus bas, environ 10 dollars le baril. En mars 1999, les cours du pétrole se rapprochent des 14 dollars, les membres de l'OPEP réunis le 22 de ce même mois, à Vienne, auxquels se sont ajoutés comme observa­teurs les représentants hors OPEP du Mexique, de Russie, d'Oman et d'Autriche, ont enté­riné l'accord de La Haye du 12 mars portant réduction de la production de 2,1 millions barils/jour.
  Cet accord va donner un signal fort au marché, ce qui explique la remontée du cours. En août 1999, la barre psycholo­gique de 20 dollars le baril est dépassée. On parle déjà d'une baisse des réserves pétrolières américaines. La prochaine réunion de l'OPEP a été fixée au 22 septembre 1999 à Vienne. Les milieux pétroliers pensent que le respect des engagements de réduction de production et le niveau de diminution des stocks américains conforte­raient cette évolution en hausse des cours. Le 23 septembre 1999, le cartel pétrolier recon­duit les mesures de réduction pétrolière du 22 mars 1999.
  Début janvier 2000, le prix du pétrole atteindra les 26 dollars. La stratégie adoptée par l'OPEP semble avoir beaucoup de succès et la production actuelle maintenue jusqu'au mois de mars 2000.
  Pour la première fois après une décennie et demi, l'espoir est permis pour les pays du Sud, les pays de l'OPEP en rang serré vont peser de tout leur poids sur l'économie mondiale et remettre en cause la fixation des prix par l'Occident. Mais cette remise en cause, sincère en apparence, est-elle réelle et émane-t-elle bien des grands pays producteurs de pétrole ? De même, les Etats-Unis, dès le début de l'année 2000, vont ten­ter de plier les pays de l'OPEP à revenir sur les mesures de réduction prises le 22 mars de l'année écoulée. Le président de la première puissance mon­diale, Bill Clinton, ira jusqu'à menacer d'inonder le marché en ouvrant les stocks de pétrole américains, ou encore de rédui­re l'aide économique, si le cours du pétrole ne descend pas. Début mars 2000, un déploie­ment tous azimuts des émis­saires de la Maison-Blanche aux pays de l'OPEP est mené tambour battant pour ramener ces pays à de meilleures dispo­sitions. Ce qui fut fait lors de la déci­sion prise à Vienne le 28 mars par les pays de l'OPEP : aug­mentation de 500 000 b/j selon une répartition par quota entre les pays du cartel.

10. LA HAUSSE DU COURS DU PETROLE ET LES OBJECTIFS S TRATEGIQUES DE LA 1ère PUISSANCE MONDIALE

  Tous les pronostics, compte tenu de l'augmentation de la production pétrolière et de l'approche de la saison estivale, étaient favorables à une baisse du cours pétrolier. Or, la saison estivale arrivée, le contraire s'est produit, le prix du baril de pétro­le monte à près de 30 dollars. Début septembre 2000, le cours du baril dépasse les 32 dollars, le 6 septembre, le prix du baril de pétrole est de 33 dollars sur le marché.
  Devant cette hausse du cours de plus en plus vertigineuse, que peut-on remarquer ? C'est que les menaces américaines se sont tues et le ballet diplomatique du début de l'année reporté aux calendes grecques. Pourquoi ?
  N'est-il pas grand le danger inflationniste de la monnaie américaine dans le monde suite à cette hausse généralisée du cours du pétrole et ses consé­quences désastreuses que l'on sait quand les Etats-Unis procèdent à un resserrement monétaire ? Qu'en a-t-il résulté ? Un «endettement sauvage» princi­palement pour les pays du Sud démunis de moyens dedéfense.
  En vérité cette inflation de dollar dans le monde permet d’atteindre au moins trois objectifs, ceux-ci sont éminemment stratégiques.
  1. Passer les barrages monétaires européens. Le pétrole libellé en dollars obligera les institutions économiques et financières européennes à rechercher plus de dollars pour leurs achats de pétrole. La monnaie unique n'y peut rien, sinon à se déprécier davantage. On comprend que cette donne va profiter doublement, tant aux Américains qu’aux pays producteurs de pétrole.
2. Une partie des excédents pétroliers non consommés par les pays producteurs de pétrole en particulier arabes va être investie dans les places financières américaines, en bons de Trésor, en titres boursiers (actions, obligations), etc. Ces excédents conjugués aux autre flux financiers étrangers vont permettre de financer les déficits de la balance des paiements  américaine.
3- Le troisième objectif, il est la conséquence des deux précédents. C’est la politique du dollar fort. Elle permet à la puissance américaine de diriger vers elle les flux financiers et monétaires mondiaux (l’épargne mondiale). Dès lors, ce mécanisme financier n’induit-il pas un transfert net de biens et richesses du monde vers la puissance détentrice du dollar sans qu'il y ait produc­tion de travail ? D’autre part, cette épargne mondiale ne donne-t-elle pas encore latitude aux institutions financières américaines de recycler l’excédent des capitaux, qui n’aurait pas servi à la résorption des déficits courants américains, dans d’autres places financières en Europe, en Asie ou en prêts pour les pays du Sud, évidemment à des taux d’intérêt plus rentables ? N’est-ce pas une autre forme du Carry Trade, cette technique qui consiste à profiter des écarts de rendements entre classe d’actifs. Les Etats-Unis s’endettent dans leur propre devise à faible taux d’intérêt et à placer ces fonds empruntés dans leur devise ou dans une autre devise – le différentiel de taux du taux de change peut être encore plus rémunérateur – à taux d’intérêt plus fort en d’autres places financières hors États-Unis. Grâce à la politique du dollar fort, les investisseurs américains tirent des avantages considérables de cette donne monétaire.

11. LES ANALYSES DES EXPERTS

  Au vu de cette situation, on est en droit de se poser la ques­tion : est-ce que les Etats-Unis ont inclus cette donne dans leur stratégie ou l'ont-ils saisie au vol ? Question à laquelle il est difficile à répondre tant les acteurs sont nombreux. Et puis, a-t-elle de l'importance vu les enjeux qui divisent l'Occident ? Néanmoins, selon les analyses, «  la hausse est attribuée aux spéculations faites par certains milieux financiers américains sur le pétrole. Les glissements de certaines devises comme l'euro par rapport au dollar, l'une des principales monnaies de paiement de pétrole, est l'autre facteur qui contribue à cette tension ».
  Certains experts pensent que le prix du baril de pétrole pour­rait atteindre 50 dollars. Quant à M. Rodriguez, président de l'OPEP et ministre vénézuélien de l’Energie et des Mines, il estime que « même si nous aug­mentons la production en sep­tembre, les cours continueront de monter ». Au moment où il y a des quantités importantes sur le marché, les stocks américains connaissent des niveaux bas, alors que les raffineries améri­caines réduisent leurs activités entraînant une très forte demande et donc lançant les prix des carburants.
  Deux passages tirés d'un hebdomadaire économique et d'un quotidien nationaux en disent long sur ce nouveau tour­nant de l’économie mondiale, ils dévoilent que la donne monétaire est l’enjeu de conflits entre les deux rives de l’Atlantique.

  –  Liberté économie du 26 juillet au ler août 2000 :
M. Lorenzo Sanchez, ambassa­deur, chef de la délégation de la commission européenne
« Algérie-Union européenne : un accord d'association en 2001».
  Entretien :
Question de l’hebdomadaire économique « Liberté économie » :
  La monnaie d'échange dans le bassin méditerranéen sera-t-elle l’euro ? Qu’est-ce que les pays tiers méditer­ranéens auront à gagner en adop­tant la monnaie unique de l’Euro­pe ?
M. Lorenzo Sanchez :
  La mon­naie européenne est appelée à devenir une monnaie solide. Sa gestion par la Banque centrale européenne se fera d'une façon orthodoxe. Ce sera une monnaie stable, d'où l'intérêt de son adop­tion par les pays du bassin médi­terranéen. Cette stabilité offrira la sécurité face aux fluctuations des autres monnaies et donnera confiance aux opérateurs écono­miques. Elle pourra également servir de monnaie de réserve dans les banques centrales des pays tiers méditerranéens. L'intérêt de l’euro, c'est la stabilité dans les transactions commer­ciales. Je pense que la monnaie européenne aura dans le futur une place considérable dans les transactions internationales.
Liberté-économie :
  Quel est l'en­jeu pour les pays européens ?
M. Lorenzo Sanchez :
  C'est de concurrencer le dollar et mieux maîtriser notre inflation. Nous avons en ce moment en Europe des problèmes d'inflation à cause de la dévaluation du dollar et du fait que nos importations de pétrole soient libellées dans cette monnaie. A l'avenir, nous espé­rons qu'une partie de ces importa­tions de matières premières éner­gétiques soient facturées en euro. Ce qui donnerait beaucoup plus de stabilité à nos économies. En plus, si l’euro sert de monnaie de réserve dans les banques cen­trales des pays du bassin méditer­ranéen et qu'il est utilisé dans les transactions commerciales inter­nationales, nous aurons le même privilège que les Etats-Unis aujourd'hui, qui, grâce au dollar, font face aux déficits commer­ciaux énormes et à l'endettement - c'est le pays le plus endetté au monde - justement par cette capacité qu'ont les Etats-Unis de renvoyer chaque année leur défi­cit commercial au reste du monde.

  –  Le quotidien « Le Matin » du 4 septembre 2000 :
Dans l'article : « Pour 25 dollars le baril », on y lit:
  «  ... Quant à Jean-Pierre Chevènement, qui a retrouvé sa liberté de parole après sa démis­sion du gouvernement, il a accusé les Etats-Unis d'être à l'origine de cette augmentation du prix du brut qui s'explique parce que bien entendu, il y a la croissance, mais aussi, disons-le, parce que les Etats-Unis et les sociétés amé­ricaines en matière de pétrole maîtrisent l'ensemble du cycle… »
  « L'OPEP, elle-même, est consciente de cette situation et va intervenir si les prix du pétrole restent au niveau actuel », selon les propos de son secrétaire géné­ral, Rilwanu Lukman, qui juge « qu'autour de 25 dollars le baril ou légèrement au-dessus, le prix serait juste ».
  Donc, à travers les témoignages de ces hauts fonctionnaires, on comprend bien l’importance de l’enjeu de la donne pétrolière dans le monde sur le plan monétaire.
  Pour le mot de la fin, l’Algérie doit s'imprégner des enjeux dans le monde et surtout faire l'économie des débats stériles et d'écoles qui ne font que retarder son insertion pleine et entière dans l'économie mondiale, et par ricochet sa croissance. Par ailleurs, ceux-ci ouvrent voie aux institutions financières internationales, qui, par le biais des rééchelonnements et des plans d'ajustements structurels, viendront assainir les finances nationales. N'est-ce pas là un trait d'immaturité écono­mique ? Aussi, est-il vital qu'elle ait une perception exacte de ses intérêts avec les Puissances et par-là, tracer une stratégie qui por­te à court, moyen et long terme. La clairvoyance, le bon sens pri­ment dans tout débat pour tenter de sortir l'Algérie de l'or­nière économique dans laquelle elle se trouve.
  L'Algérie ne doit surtout pas oublier que l'envolée du prix du baril de pétrole n'est que conjoncturelle, les effets du séisme économique, provoqué par l'Union européenne en met­tant en application la troisième phase du traité de Maastricht, le ler janvier 1999, peuvent durer 6 mois, un an, voire deux ans, mais un deal entre les puissances finira par être trouvé au grand dam des pays du Sud.
  Il faut aussi se rappeler l'aver­tissement de M. Richardson, envoyé spécial de Bill Clinton auprès de l'Algérie : « profiter de cette embellie économique et mettre à profit ce répit pour une nouvelle vision économique por­teuse ». Quant à l'antagonisme Nord-Nord, il serait intéressant de savoir quel sera l'avenir de l'euro, comme aussi l'avenir du dollar, quels seront les futurs pré­tendants au nouvel ordre moné­taire international - a priori ce sera l'Asie-Pacifique avec le Japon et la Chine en tête, surtout après le krach économique de 1997.
  Enfin, quelle sera l'évolution du cours du prix du baril de pétrole dans un proche avenir ?  Comment va se dénouer ce krach pétrolier d'un nouveau genre ? Avant, c'étaient les guerres chaudes qui le provoquaient, aujourd'hui, ce sont les guerres froides, les guerres monétaires, les guerres silencieuses entre les institutions monétaires centrales.
  Entreprendre une étude pros­pective serait intéressant dans la mesure où, connaissant les différents cas de figure qui peu­vent se présenter sur la scène économique mondiale, les pays du Sud pourraient asseoir une stratégie pour leur crois­sance. De même, au lieu de se fixer principalement sur le cours de pétrole et sur la crainte de l'effondrement du cours de pétro­le, il aurait été plus avantageux de tenter de comprendre aussi la stratégie future de l'OPEP. Il est clair que si la cohésion du cartel pétrolier venait à être mise à mal, auquel cas, c'est la chute inéluc­table du marché pétrolier. La remise en cause de la cohésion du cartel ne pourrait être que poli­tique et aurait trait directement aux rapports que celui-ci entretient avec les Puissances. Donc, comprendre les intérêts des uns et des autres, c'est com­prendre aussi ses intérêts, l'es­sentiel est de tirer son épingle du jeu et sortir économiquement indemne. Tel est le problème posé aux Pays producteurs du Sud comme il est posé aussi à l'Algérie.

Hamed MEDJDOUB
(*)Chercheur
06/09/2000

NB : Sources bibliographiques. Pour l'analyse, toutes les données ainsi que l'argumentaire ont été tirés de quotidiens, de revues, nationaux et internationaux, por­tant sur l'économie, la politique étrangère et les rapports écono­miques dans le monde. Quant à l'évolution des accords de Bretton Woods, elle a été tirée de plu­sieurs ouvrages économiques dont celui de Denise Flouzat : Economie contemporaine, tome II, Les phénomènes monétaires, collection Thémis.

Remarque

  Une étude portant sur les finances et les hydrocarbures a paru dans le journal algérien « El Watan » du lundi 11 septembre au 16 septembre 2000 dans la rubrique IDEES-DEBAT, sous le titre  « L'euro dans le nouvel ordre monétaire mondial ». Légèrement remaniée en mars 2008 par l'auteur dans son site « Etudes et Prospectives. Relations internationales », il a été constaté selon l’analyse de l’époque, que l’envolée du baril de pétrole n’a pas duré 6 mois, un an, voire deux ans mais bien plus, et « près de neuf ans depuis le lancement de l’euro en 1999 ». De plus le baril a atteint un record de plus 111 dollars en mars 2008 tandis que l’euro s’est fortement apprécié et se rapproche d’un record absolu, un euro pour 1,60 dollar. Un autre intrus est venu compliquer la donne monétaire, c’est la monnaie chinoise, le yuan. Le taux de change du yuan ne reflète pas les fondamentaux de la Chine. Enfin la crise immobilière survenue aux Etats-Unis (crise des subprimes) à l’été 2007, conjuguée aux cumuls des déficits courants américains depuis 1990, rend la situation économique mondiale encore plus confuse.

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Hamed MEDJDOUB
28 mars 2008

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