Le conflit au Moyen-Orient, un paradigme déclencheur
« L'Amérique doit convaincre les populations du Proche-Orient que nous sommes de leur côté, exactement comme nous avons convaincu Lech Walesa, et Vaclav Havel, et Andreï Sakharov que nous étions de leur côté. Ce qui prendra du temps. Ce qui sera difficile. Nous sommes conscients d'inquiéter les terroristes, les dictateurs et les autocrates. Nous voulons qu'ils soient inquiets. Nous voulons qu'ils comprennent que l'Amérique est aujourd'hui en marche, et que nous sommes du côté de ceux qu'ils redoutent le plus, leurs propres peuples. », écrit un néo-conservateur américain dans le journal français « Le monde » en 2003.
Le discours est peut-être sincère d’autant que les pays arabes ne brillent pas de démocratie, mais plutôt d’un autoritarisme pur et dur. Et clamer haut et fort que la guerre au Proche et au Moyen-Orient est une guerre de la liberté contre la tyrannie, c’est tomber dans un simplisme réducteur. Cependant, cette réflexion n’est pas sortie ex nihilo, l’éloquence de l’auteur dans la confiance en la puissance américaine à changer le monde a pour source l’euphorie qui a suivi la victoire américaine en Iraq. La suite tragique du conflit en Iraq et en Afghanistan a remis les pendules à l’heure. Ce n’était plus la libération mais le début d’une grande tragédie pour ces pays, et les Etats-Unis y sont enlisés sans grand espoir de sortie.
Si, vu les événements qui ont suivi, cette réflexion a un caractère prophétique, voire paradigmatique non pas dans le sens que cet auteur l’a pensé mais dans le sens d’un autre processus. Le conflit au Moyen-Orient peut être une des causes dans la reconfiguration de l’équilibre géostratégique mondial. Ce que les Américains targuent de construire le Grand Moyen Orient (GMO), il va probablement à terme s’édifier, mais il se fera au grand dam des Etats-Unis. Et c’est cela le plus incroyable, il se fera non comme les Américains l’auraient voulu, mais contre ce à quoi ils ont combattu.
L’impulsion viendra précisément de la nouvelle distribution des rôles dans un processus de production et des échanges internationaux complètement transformé. La rationalité et le principe de cohérence présideront aux formidables changements, et par lesquels s’accomplira l'évolution du monde arabe.
Nous n’en sommes pas là encore, mais le processus est de plus en plus visible vu l’intérêt grandissant des puissances américaine, européenne et asiatique (pour cette dernière, russe et chinoise) pour toutes les régions pétrolières en particulier de la zone MENA. Sinon comment comprendre les recherches d’union méditerranéenne, ou autres associations avec les Etats-Unis ou l’Asie, c’est précisément d’intégrer ces pays riches de pétrole dans le giron des puissances, qui, déjà, s’opposent en une confrontation commerciale sur ces régions. Ces puissances sont désormais engagées dans une logique de coopération-concurrence, et par conséquent contraints de définir leurs stratégies en fonction d’une nouvelle grille de lecture et d’interprétation des enjeux dans cet environnement devenu multiple, mouvant et imprévisible. Ces régions représentent un levier majeur au service de leurs zones d’influence respectives. Mais on ne peut occulter un fait, les pays arabes ne doivent pas compter sur les divisions des puissances comme naguère, la confrontation peut se muer en consensus au détriment des pays riches de pétrole, en particulier arabes.
Surtout si le dollar, face aux pressions internationales, cessait d’être la « seule » monnaie de facturation du pétrole. Deux autres monnaies, l’euro et le yuan, partageraient le privilège du dollar dans le libellé monétaire de l’énergie et des matières premières. Dès lors que toute quantité de pétrole importée se facturerait dans la monnaie du pays importateur, selon que celle-ci soit adossée à la zone dollar, à la zone euro ou à la zone yuan, le Proche et le Moyen-Orient perdraient alors leur caractère géostratégique, les rivalités cesseraient et ces régions ne seraient plus considérées vitales pour les Etats-Unis. Des conséquences considérables seraient générées. Ce serait une véritable révolution pour ces régions qui ont longtemps souffert des rivalités entre les puissances. Un nouveau tournant dans le processus de la mondialisation. Telles sont les réflexions sur l’horizon futur du Grand Moyen Orient (GMO) en ce début de troisième millénaire.
Medjdoub Hamed
09 juillet 2008
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